De l'objet regard à la mort comme point de suspension...

Publié le par Marie-Christine ADAM

Déjà un mois que la fête de la psychanalyse, comme l’a nommée Laurent Dupont, a eu lieu, bel et bien lieu, et j'ai pris part à la fête. Tout un week-end sur « l’objet regard » éclairé et animé par différents regards. Psychanalytique, bien sûr, mais aussi scientifique, cinématographique, créatif, poétique,…

Pour moi, ces 46e journées de l’Ecole de la Cause Freudienne avaient bien commencé, sur un quai du métro parisien. Un petit quelque chose en plus côté regard. Regard croisé, trop vite décroisé. Regard particulier sur un objet particulier, mon livre « D’un bord à l’autre ». Un de ces regards qui font qu’aujourd’hui ça me regarde d’un peu plus près.

Le regard, en tant que tel, est peu présent dans mon livre mais il s’agit bien de cela, deux regards défaillants, singuliers. Un regard maternel absent, préoccupé et des mots qui menacent. Paroles sans regard. Un regard paternel qui déborde, déshabille, mais ne pipe mot, impose le silence. Regard sans parole. Deux regards pipés d’avance par leur enfance. Deux regards qui ne font pas le poids et qui vous laissent sans voix avec la sensation d’un grand vide, de ne pas être vraiment. Recherche longtemps éperdue d’un regard auquel s’accrocher pour se sentir exister dans le regard de l’autre. C’est à cela aussi que me renvoient ces deux journées.

J’ai quitté depuis peu le Palais des Congrès quand un court commentaire d'une "amie" attire mon attention : « Et oui…….. ». Ces deux mots commentent une photo, celle d’une dame âgée et de sa fille. Au-dessous, « Profitez de votre maman tant qu’elle est là ! La vie est courte ! ». Cette image et ce commentaire sybillin, je les ai déjà vus, quelques semaines plus tôt, sans m'y attarder. Mais là, mon regard est comme happé par ces points de suspension. Effet des deux jours consacrés à la psychanalyse ? Ou des points bien plus longs qu’à l’ordinaire ? Davantage de points, davantage de trous……..

En analyse, pratique oblige, je sais qu’il me faut travailler aussi mes points de suspension. Avec un brin d’humour, j’ai choisi les trous… Mes phrases, longtemps en suspension, cette impossibilité à aller jusqu’au bout n'étaient pas si loin et il en avait été de même avec mon corps, lui aussi en suspension, impossible à poser, toujours à rassembler.

Dire sans dire ? Mi-dire ? Que fallait-il voir ou entendre dans cette ponctuation ? J'interroge le web. J’écris ton nom, ton prénom, ta ville qui est aussi la mienne. Toujours aussi efficace Google car la réponse tombe, immédiate, violente, ton avis de décès. Tu es décédée, au printemps dernier…  Tu as été inhumée, sept mois plus tôt, dans l’intimité familiale. Je ne l’ai pas su. Intimité familiale, violence des mots qui excluent. Non-sens du lien « ami » sur Facebook. Aucun message pour me dire ta mort. 

Tu étais ma tante, la sœur de mon père. Vous aviez la même mère, pas le même père. La même mère mais une mère différente, à deux ans d’intervalle. Un regard différent sur ses deux enfants, délaissant totalement le garçon, élevant la fille. Je parle de cette grand-mère particulière dans mon livre et cela aurait pu vous déplaire. Mais il est paru trois mois après ta mort. Cela ne peut donc expliquer ce silence et, de ça, je suis un peu soulagée. 

Alors, serait-ce l’ « absence » que j’ai eue à la mort de mon père qui pourrait m'en donner le sens ? Quand, le combiné téléphonique à la main, sur le point de t’appeler pour te prévenir du décès de ton frère, je me suis ravisée. Qu’étais-je en train de faire, tu étais déjà morte. Ce que tu n’étais pas. Aucune pensée non plus pour tes enfants qui, eux aussi, étaient toujours bien vivants. Vous apprendrez donc son décès par la presse locale. Difficile à expliquer, impossible à rattraper ! Ceci explique peut-être cela. Moi je crois surtout qu'un véritable lien familial n’a jamais pu se créer. Même à l'âge adulte, où j'aurais pu me manifester, quelque chose m'en empêchait. Peur de ne pas être acceptée, de ne pas être à ma place ? Enfant, mon regard avait tenté de s’accrocher aux vôtres, la première fois que je vous ai vues. Je devais avoir huit ans...

D’un regard maternel impossible sur son fils, mon père, d’autres regards ont suivi, tout aussi impossibles. Le regard que je n’ai pas connu de mon père, lui ne l’avait pas connu non plus. Le vide et le laisser tomber maternel a d’abord été le sien avant d’être le mien. S’il m’arrive, encore parfois, d’avoir le regard au bord des larmes, celui que je porte aujourd’hui sur moi s’est modifié, adouci, grâce à la psychanalyse. Il n’est plus le sombre reflet des regards parentaux. Avec la psychanalyse, d’autres regards ont pris le relais, bienveillants, sécurisants, enveloppants, non culpabilisants. Fini les "tu l'as bien mérité", "tu l'as cherché" ou "tu ne l'as pas volé". Il en est simplement ainsi, ce jour-là, j’ai appris ta mort par des points de suspension et c'est cela aussi notre histoire... 

 

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Assistante communication de Mr Faugeras 28/12/2016 15:44

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