Dis papa........

Publié le par Marie-Christine ADAM

A chacun sa petite musique de fond... La mienne a un bon demi-siècle. Je l'avais totalement oubliée. Elle a refait surface de façon impromptue entre le Père Noël et Dieu le Père, entre Nativité et crémation, disparition et retrouvailles côté paternel. Drôle de rendez-vous avec l'enfance après plusieurs décennies, petite touche de réminiscence. Tout d'abord quelques mots et un petit air : Dis papa, connais-tu... la la la... lalala, lalala, lalala...

Un détour par le Web pour m'aider à retrouver la suite et je reconnais la pochette du 45 tours qui tournait sur notre platine. Un peu dérangeant l'image de cette petite fille à laquelle mes parents me comparaient par la ressemblance et par l'âge. Etrange confrontation à une image du passé qui, à elle seule, suffit à faire revenir la quasi-totalité des paroles.

A distance et à la lecture de mon histoire, le trouble est là, profond, dans les mots de cette petite fille qui questionne son père : "Dis papa connais-tu le Bon Dieu ? réponds-moi, réponds-moi, dis papa" ;  "Dis papa, connais-tu l'Saint-Esprit ? réponds-moi, réponds-moi, dis papa". Le Bon Dieu, celui-là même que ma mère me promettait de rejoindre, avec elle, quand elle m'aurait "endormie". Le Saint-Esprit dont l'opération aurait fait de moi cette "Marie su'l bord" comme si l'acte à l'origine de ma naissance n'avait jamais existé.

Pourtant, dans le tumulte familial et le mys-taire ambiant, je chantais et nous chantions. Des textes et des mélodies qui autorisaient les mots, ceux des autres qui me parlaient et me touchaient. Entre ce qui fut moments de cohésion et moments d'effraction, moments d'unité et moments d'éclatement, j'ai envie de penser que cette chanson m'a peut-être permis d'exprimer, avec les mots d'une autre petite fille, l'angoisse liées aux menaces maternelles. Une sorte de baume pour adoucir les blessures déjà présentes.

Sauf que le trouble est toujours là, tenace, et c'est à mon père qu'il me mène. Tout aussi dérangeant. Un père auquel la petite fille s'adresse. Le mien aurait voulu entrer dans les ordres, L'ordre et le désordre, le bien et le mal. Ce qui se fait et ne se fait pas. Le Bon Dieu, celui qui voit tout et qui punit... L'interdit, la transgression, le péché, la punition... Et l'interdit de dire, sous peine d'être punie ? De quoi compliquer l'après-coup de la parution de mon livre, encore et en corps.

Les deux mois qui se sont écoulés avant que je publie ces lignes témoignent du "dérangement" occasionné par ce retour du passé. Mais qu'il est bon parfois d'être dé-rangé(e), cela permet aussi d'avancer... Voilà, cette petite musique est venue du tréfonds. Autorisée à percer, elle s'est fait entendre, s'est installée... Elle aurait pu me freiner voire m'empêcher de jouer ma partition si je ne savais aujourd'hui entendre et reconnaître ce qui vient de l'enfance. Etre à l'écoute de ce qui se présente, autant pour moi que pour l'autre, un bon moyen de composer avec l'enfance, à tout âge car le temps ne fait rien à l'affaire. Ainsi se termine la chanson, "c'est la vie !". Alors pour ceux qui me lisent, pour les autres et pour moi, que la vie continue, tout simplement.

Et profitons-en !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article