Et pour temps...

Publié le par Marie-Christine ADAM

     Je ne l'ai pas choisi pour ça. Probablement que si je l'avais su, je n'aurais pas franchi le pas ni celui de sa porte. Et pourtant... 

     Autre temps, autre lieu : "Tu vas passer un sale quart d'heure" disait ma mère à l'enfant terrorisée que j'étais et qui mettait bien moins longtemps à se mettre aux abris. "Elle a son quart d'heure" disait ma grand-mère. Quart d'heure de rébellion, de résistance face à la folie maternelle et au débordement paternel. Et me voilà, cinquante ans plus tard, confrontée à ce même laps de temps. Drôle de clin d'œil, curieux hasard...

     Certains coupent les cheveux en quatre. Lui c'est le temps qu'il coupe en quatre ou plus précisément l'heure. Telle la pendule à coucou de mon enfance, il donne le rythme. La moitié de la moitié, un quatre sous la barre du un, des minutes qui vont par quinze. Et nous y voilà, un quart d'heure de séance. Un quart d'heure montre en main ou plutôt à portée de vue. Pas de temps à perdre. Pas de place pour le quart d'heure de politesse. Mieux vaut être prête à l'heure car lui n'a rien du lapin d'Alice.

     Pour l'analysante que j'étais encore il y a peu et qui commençait ses séances par un quart d'heure de silence, ce nouveau défi est de taille. Encore aux ordres maternels des "tu ne vas pas commencer" ou "je ne veux pas t'entendre", l'urgence est là. L'association est libre mais pas le temps. Il faut laisser du temps au temps disent certains. Lui, c'est le temps qu'il nous laisse, le même pour tous, à égalité. C'est comme aller à l'essentiel. Sa manière de prendre l'inconscient de court.

     Le cadre d'une analyse, c'est aussi cela, l'utilisation du temps. C'est cela, oui, un quart d'heure. Difficile de faire plus court même si d'aucuns s'y emploient. D'ailleurs, court, il est tombé dedans quand il était petit... et rien à voir avec sa taille. Passé le doute du "Et si je ne valais que ça, un quart d'heure de son écoute", j'ai composé avec ce laps de temps qui m'est imparti. Plutôt bien que mal d'ailleurs, voire très bien. Allant même jusqu'à le trouver long, parfois (là j'exagère un peu, quoi queue...).

     Déjà trois ans que je navigue au quart et que la petite musique de l'inconscient garde ce tempo pour jouer sa partition et elle ne s'en prive pas... y compris en dehors des séances. Car la psychanalyse c'est aussi bien d'autres quarts d'heure. Le quart d'heure d'avant, tentative d'ébauche de la séance, rarement ressemblante ; celui d'après où les mots prononcés résonnent autrement ; le quart d'heure du petit matin ou de la nuit, celui du rêve ; des quarts d'heure qui débouchent sur d'autres quarts d'heure avec ce qui revient dans les moments du quotidien. Des quarts de tour en arrière qui éclairent la route, parfois après l'avoir obscurcie, et vous accompagnent jusqu'à la séance suivante.

     Certains transforment la minute en euros ou y vont de leur commentaire sur la méthode "expéditive". Libre à eux. A cela, je préfère ma formule "Tout ça en un quart d'heure !".

     J'aurais pu le préférer de volupté, de célébrité ou américain mais ce quart d'heure là me sied bien et j'aime aujourd'hui profiter de ce temps, au rythme de l'arc-en-ciel, entre pluie et soleil.

Et pour temps...
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article