Burn-out

Publié le par Marie-Christine ADAM

D'un bord à l'autre, chapitre IV  (extrait)

    Mes problèmes de santé s'enchaînent. Je perds seize kilos en quatre mois. Le diabète s'installe, l'hypertension également et je comprends pourquoi, depuis une année, un mal de tête m'accompagne au quotidien. Ma vue a fortement baissé et je dois coller mes yeux à ma feuille pour pouvoir lire ou écrire. Faire des phrases correctes m'est difficile, je confonds les mots, les noms des personnes, je n'arrive plus à me concentrer. Dans un état de tension extrême et dans un effort constant, je peux aussi rester plusieurs minutes vide, sans rien à l'esprit. Quand je parle, mon regard fixe un point, au loin, autre que mon interlocuteur, ce qui le conduit à regarder dans la même direction mais il n'y voit rien car il n'y a rien...

    Vouloir bien faire, s'efforcer que tout se passe pour le mieux, prendre soin des autres, oui, mais jusqu'où ? Par quel mécanisme mon corps est-il capable de donner l'alerte ? de dire "stop, moi aussi j'existe !". Mes relations professionnelles se réduisent au minimum, je suis épuisée et je me reproche de ne pas réussir à travailler comme avant. Cela fait cinq ans que je ne dors que quatre heures par nuit, de deux à six heures. Jusqu'à présent, je ne m'en plaignais pas, bien au contraire.

    Aujourd'hui, j'appréhende d'ouvrir ma messagerie et d'y découvrir les dizaines de mails auxquels il me faut répondre au détriment d'autres choses. Les appels téléphoniques incessants, les réunions à organiser et à animer, les rapports à lire, les jeunes professionnels à accompagner, tout cela m'angoisse et m'agresse. J'ai l'impression de ne plus jamais être là où il faut et quand il le faut, d'être toujours dans le faire, dans l'urgence et de ne plus pouvoir penser. Prendre des décisions tout le temps devient insupportable. Apposer ma signature par délégation du Président est une responsabilité qui, désormais, me pèse. Etre responsable "de tout" également. J'ai l'impression que plus j'en fais plus on m'en demande, sans que cela inquiète qui que ce soit.Je trouve une certaine reconnaissance dans le retour de professionnels en interne et en externe et de la part d'élus mais cela ne me suffit plus pour tenir. Celle que je suis à l'intérieur regarde l'autre se confronter à l'extérieur, toujours dans l'effort, y arriver de moins en moins. A nouveau cette impression de l'enfance d'être divisée. Et dire qu'il y a encore quelques mois je m'épanouissais totalement dans mon travail.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812

 

 

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