Ecrire

Publié le par Marie-Christine ADAM

"D'un bord à l'autre" aux Editions L'Harmattan par Marie-Christine ADAM

"D'un bord à l'autre" aux Editions L'Harmattan par Marie-Christine ADAM

    J'ai assisté, ce samedi, à un café psychanalyse organisé par l'Association de la Cause Freudienne Ile-de-France avec pour thème "Désirs d'écriture". D'où mon envie, ce matin, de relire ce sous-chapitre de mon livre "D"un bord à l'autre". Alors, je partage.

 « C'est bien d'écrire ». La formulation de ma psy lors de notre dernier rendez-vous est comme une autorisation, un feu vert pour aller jusqu'au bout. 

     Ecrire quand « ça » se déchaîne, m’accrocher aux mots pour échapper aux moments de  «folie ». Ecrire pour ne pas mourir chante Anne Sylvestre. Ecrire après un silence insupportable ou après une parole quand elle a ouvert une brèche. E-cri-re pour ne pas crier, comme une nécessité. 

     Au début de l’effondrement, entre les temps de séances, écrire est un geste fulgurant qui m’amène à saisir un crayon et du papier pour attraper l’insupportable, essayer de le contenir avant qu’il ne se propage et ne me détruise. Il faut que « ça » soit écrit, matérialisé et plus seulement dans ma tête, insaisissable. Poser les mots à l’extérieur de moi, les tracer là, sur la page, pour qu'ils quittent mon corps. Peut-être aussi comme la marque que tout cela existe bien. 

     Au fur et à mesure que je me relève, que je me bats moins avec mes idées de mort, je m’approprie le crayon et le fait d’écrire. Je prends le pouvoir, ce sont désormais mes mots, mes phrases et plus ceux de ma mère. Ses mots dont je me sens progressivement moins dépendante et qui tapissent déjà quelques pages où ils vont rester. 

     Dans une interview, Marguerite Duras disait "seule l'écriture est plus forte que la mère". C'est un peu ça mais je pense que l'écriture, à elle seule, n'aurait pas suffi. Ecrire a participé à ma thérapie mais sans ma thérapie il n'y aurait pas eu d'écriture possible. Je devrais dire aussi sans l'autorisation de ma psy à écrire et à lui écrire.

    L’écriture a contribué au jeu de patience, au puzzle de la reconstruction, des mots éparpillés, des phrases écrites ça et là, sur des bouts de papiers épars, à rapprocher, à imbriquer. Un écrit à construire, un corps à reconstruire. En même temps que je cherche à faire un tout avec mon
corps morcelé, écrire me permet de faire un tout avec les différentes parties de mon histoire, d'en déchiffrer le sens, pour pouvoir la poursuivre. 

     Ecrire aussi les rêves pour ne pas les perdre, les relire avant de les dire et les entendre pour m’entendre. Ecrire m’a aidé à parler, comme s’il fallait que les mots soient d’abord posés avant de pouvoir les dire, les maîtriser, éviter qu’ils ne me jouent de mauvais tours. Echapper au danger que représentaient la parole et les mots.  Mener à bien l'écriture de ce livre est aussi une façon de surmonter la fin du parcours avec ma psy. Le terminer, tout comme terminer ma thérapie me faisaient peur. Le peur du rien qui allait suivre. J'ai franchi cette étape. Je sais qu'il y aura un après et que cet après dépend essentiellement de ce que j’en ferai.

 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812

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