On peut se séparer sans mourir

Publié le par Marie-Christine ADAM

"D'un bord à l'autre"    Chapitre X    Extraits     

   Je ne m'y attendais pas mais mon esprit s'affole un peu, quelques idées défilent, surdose de médicament, fenêtre, laisser tout tomber. La lame de fond revient dans le même mouvement qui me donne la nausée. Tout faire pour ne pas qu'elle revienne. Mais elle revient, non loin d'une fenêtre, dans mon appartement, je la sens, je me sens envahie par elle. Je regarde par la fenêtre ouverte. Voilà, j'y suis, je sais que c'est là, à ce moment-là, que le saut est possible. Se laisser tomber dans le vide pour faire cesser la douleur intérieure, sans penser aux autres. Je touche du doigt le moment où ça peut basculer. Celui par lequel ma mère a dû passer. Mais cela n'arrivera pas, le le sais. Je m'en suis juste approchée, plus près que d'habitude, tout près. Il me fallait peut-être ça pour être sûre que je ne sauterai pas. Une façon de tourner la page sans emprunter le même chemin. Ce que ma psy a interprété, il y a un moment déjà, me revient "On peut se séparer sans mourir". Voilà ce qui n'a pas été possible avec ma mère.

   Maintenant, je veux profiter des séances jusqu'au bout, je n'ai plus rien à perdre, je l'ai déjà perdue. La fin de ma thérapie fait écho à des passages du Petit Prince de Saint-Exupéry que je lis en entier pour la première fois. J'apprécie ses aspects symboliques et je fais un parallèle entre la séparation des deux protagonistes et la fin de ma thérapie. "Dessine-moi un mouton" demande le Petit Prince. Mais aucun des  trois moutons que lui dessine l'aviateur ne lui convient, l'un est malade, le second pas ressemblant et le troisième trop vieux. Alors, l'aviateur lui dessine une caisse en lui disant "Le mouton que tu veux est dedans". L'idée que ma psy m'ait dessiné une caisse me plaît bien. Un caisse pour y mettre mes rêves, pas ceux que l'on a dessinés pour moi. Une "qu'est-ce" où loger un désir, un désir tout neuf, le mien. Des rides et du désir, les rides sont là mais le désir aussi. J'aime cette anagramme. Ne pas céder sur son désir disait Jacques Lacan. Pour la première fois, j'achète une eau de toilette sans la sentir, simplement pour son nom "La vie est belle" !

   "C'était", c'est le dernier mot de notre dernière rencontre. Un mot sur lequel je bute, qu'elle reprend et qui devient le sien ou plutôt le nôtre. Un imparfait qui signifie déjà un temps passé. C'est ce même mot qui prendra tout son sens, un mois plus tard, dans un colloque de psychanalyse auquel  j'assiste. "Là où c'était, je dois advenir". Voilà qui traduit bien mon parcours et ouvre sur l'avenir.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812  

 

     

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