Un séjour peu ordinaire

Publié le par Marie-Christine ADAM

"De gros rochers sont posés là. L'un d'eux laisse sortir de la pierre une jeune pousse qui réussit malgré tout à pousser là, tout un symbole"

"De gros rochers sont posés là. L'un d'eux laisse sortir de la pierre une jeune pousse qui réussit malgré tout à pousser là, tout un symbole"

"D'un bord à l'autre"  Chapitre VII   Extrait

   Depuis trois mois, mes rêves "en parlent". Je suis dans un hôpital, avec de longs couloirs, je suis perdue et j'ai perdu le numéro de ma chambre. Je cherche le bureau des entrées... Et mon appareil photo où est-il ? Dans la voiture ? Mais où se trouve t-elle ? Avec mon fils ? Mais je ne sais pas où il est. On me tend mon sac à main mais il n'y a rien dedans. Il est vide, tout comme moi...

  Le psychiatre est un homme mûr, un bel homme, grand, élégant, souriant, un peu courbé à partir du bassin. Il m'accueille les deux bras en avant dans un geste enveloppant, prononçant le nom de ma psy puis le mien, pratiquement à chaque rencontre. Notre premier entretien marque le ton de nos échanges. Je prends soin de lui expliquer que je n'ai pas l'intention de changer de psychiatre et qu'il est seulement un intermède ajoutant, pour ne pas le froisser, qu'un "interm'aide" c'est tout de même positif !

   "Comment allez-vous ?", "Est-ce que vous cogitez moins ?" sont les deux phrases avec lesquelles il m'accueille, tournant parfois l'index sur sa tempe pour appuyer la seconde question. La réponse qui me vient automatiquement c'est "Je vais". Sous entendu, je suis vivante et c'est déjà ça. Quand j'ajoute "si je ne cogitais pas c'est que je serais morte", sa réponse est directe "Arrêtez d'intellectualiser !". Alors je le questionne sur ce que sont des cogitations. C'est très simple, des idées qui vous envahissent et qui ne servent à rien. Si c'est ça, j'en ai plus d'une mais je n'ai pas l'impression que quand je pense cela ne sert à rien, bien au contraire. Voilà l'occasion de voir les choses sous un autre angle.

   "Etes-vous malheureuse ?". Quelle question, même profondément triste, "au fond du trou", je ne me suis jamais dit que j'étais malheureuse. Le suis-je ? C'est ce que le quotidien local avait écrit à propos de ma mère "la malheureuse est morte sur le coup". L'était-elle aussi ?

   "Vous êtes une rebelle" me lance t-il quand je lui explique que je suis plutôt "anti-médicaments" et il ne manque pas de me faire remarquer que j'en prenais déjà à mon arrivée. Verbaliser ma crainte que le traitement m'empêche de penser me vaut un retour cinglant "on vous permet de ne plus penser et cela ne vous suffit pas encore !".

   Alors, j'écoute ses consignes thérapeutiques et tente de les appliquer, "il faut maintenant se centrer sur le présent. Le passé, on n'y peut plus rien, l'avenir c'est quelque chose d'incertain et changeant pour tout le monde. Il faut vivre au présent et profiter du présent". Ce à quoi il ajoute, "Soyez patiente Madame Adam !". Bien sûr que je suis patiente. D'ailleurs, ici, je suis une patiente mais pour moi le passé n'est pas du passé vu qu'il est là, présent, et que le problème est bien là. Impossible de faire sans ce passé si je veux en sortir. Et, sans l'idée d'un futur, comment pourrais-je me projeter dans l'avenir ? Pour ce qui est de profiter des moments présents, je suis d'accord. Encore faut-il comprendre ce qui m'en empêche aujourd'hui.

 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812

 

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