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C'est tout à fait ça...

Publié le par Marie-Christine ADAM

C'est tout à fait ça...

 

 Aujourd'hui, 29 octobre, elle aurait eu 87 ans. Mes parents en auraient 86 et 89. Elle était de leur époque et ils étaient de la sienne. Mais jamais je n'avais entendu prononcé son nom ni croisé son art. Pas même ses nanas alors qu'elles ont accompagné le mouvement de libération de la femme de mon enfance à mon adolescence. 

   C'est le premier premier week-end d'octobre 2014 que la rencontre a lieu, à l'occasion d'un colloque de psychanalyse "Des/illusions" organisé par le Cercle Freudien à Paris. Ce samedi-là, c'est aussi la nuit blanche des musées et l'actualité du Grand Palais c'est l'exposition Niki de Saint Phalle. Pour moi, visiter un musée ou de vieilles pierres relève de choses mortes et je leur préfère le vivant. Histoire d'éducation...

 

   Pourtant, la lecture d'un blog sur l'art et la créativité, quelques mois plus tôt, m'incite à la visite. La très longue queue aurait pu m'effrayer... mais je résiste à l'attente, à la nuit qui tombe, à la pluie, seule (mais très entourée), à la lumière des projecteurs qui éclairent l'une de ses œuvres.  

 

 

 

 

 

 

 

 

   Etre femme, dans cet univers qui s'ouvre à moi, accentue mon sentiment d'être fière de l'être, ma sensibilité, et me fait aussi ressentir comme une impression de force intérieure, allez savoir pourquoi... Je m'y sens bien. Certaines créations me parlent davantage. Je les photographie pour en profiter plus longtemps. Je crois que j'aimerais être l'une de ces nanas, imposantes mais légères, dans leurs rondeurs de couleurs.     

   La visite se poursuit quand au détour d'une allée je tombe en arrêt devant un tableau comme celui-ci :

   La ressemblance avec l'un des rares dessins que j'ai griffonné, à la hâte, durant ma dépression est frappante. Etonnant ! Certes, le sien est bien plus artistique. Le mien, dans un jet de crayon, venait de je ne sais où...

      La visite s'est poursuivie

     

et la vie aussi.

   Deux bonnes années plus tard, les mots me fatiguent, m'épuisent, car ils insistent, toujours dans la même direction. Il ne se passe pas une semaine sans qu'une expression ou un mot du passé me revienne, comme si c'était hier ou plutôt aujourd'hui. Mes rêves également se font insistant et eux-aussi m'indiquent toujours la même direction... sous la ceinture !

   Jusqu'à cette séance où j'entends, de mon psy, "C'est tout à fait ça". De quoi parle t-il ? Lui d'habitude peu prolixe me demande si je connais le livre de Niki de Saint Phalle, "Le secret". Je n'avais même pas notion qu'elle ait écrit. A peine tourné le coin de sa rue, j'ai déjà consulté internet et, trois jours plus tard, le livre est là. 

   Un quart d'heure, c'est le temps qu'il me faut, le temps d'une séance, pour parcourir le texte de cette lettre écrite par Niki de Saint Phalle à sa fille, d'une écriture manuscrite, presque celle d'une enfant. Découvrir les mots, sentir les larmes m'envahir après quelques paragraphes seulement, pour finir débordée d'émotions. Cueillie en plein texte.

   Tant de similitudes avec mon histoire sur si peu de pages, c'est simplement impossible. Comme le reste d'ailleurs mais sur ça j'ai progressé. Mon psy le sait, c'est pour cela qu'il s'est autorisé. Effectivement, c'est tout a fait ça ! Même si je bute encore parfois sur la réalité des choses.

   Alors, aujourd'hui, jour anniversaire de Niki de Saint Phalle (merci internet !) et pas seulement pour coller à l'actualité qui déferle, j'ai envie de retranscrire ici certains passages de "Mon secret", parmi ceux qui m'ont le plus touchée et pour cause. 

   "Dans notre maison, la morale était partout : écrasante comme une canicule... L'été des serpents fut celui où mon père, ce banquier, cet aristocrate, avait mis son sexe dans ma bouche... je pris l'habitude de ronger ma lèvre supérieure.  C'était un véritable tic. Vingt ans plus tard, j'avais tellement maltraité ma bouche que je m'étais créé une deuxième lèvre. Je portais ma honte sur mon visage... Je ne me souvenais de rien. L'oubli me protégeait d'une vérité insupportable... J'avais peur de parler, de dire ce que je ressentais, de montrer mes émotions... Si j'avais osé parlé que ce serait-il passé ? Mon silence était ma stratégie de survie. Ce même silence que j'opposais à ma mère lorsque, au cours de véritables crises d'hystérie, elle me frappait le visage avec les poils de sa brosse à cheveux... Le silence me sauvait mais en même temps il était désastreux pour moi car il m'isolait tragiquement du monde des adultes... Je me heurtais aussi au sentiment complexe d'amour-haine que je ressentais pour mon père. En le dénonçant, il cesserait de m'aimer. J'étais prise entre l'amour et la révolte... Ce viol me rendit à jamais solidaire de tous ceux que la société et la loi excluent et écrasent... J'ai pris l'habitude de survivre et d'assumer... Le viol n'est pas seulement un acte sexuel, c'est aussi un crime contre l'esprit... Ce viol subi à 11 ans me condamne à un profond isolement durant de longues années. A qui aurais-je pu me raconter ? J'ai appris à assumer et à survivre avec mon secret...".

   Que dire du deuxième post-scriptum de cette lettre "Un jour, je ferai un livre pour apprendre aux enfants comment se protéger". Et là, c'est la larme qui fait déborder toutes les autres. Celles de Marguerite, la petite fille qui avait peur des mots dont j'ai terminé l'écriture il y a quelques mois. Comment ne pas faire le parallèle avec mon désir d'écrire un livre pour les enfants, un livre pour favoriser la parole des enfants en difficultés, les accompagner vers des spécialistes de la parole et du soin. Ma façon de leur permettre de ne pas rester dans le silence. A la lecture de ce post-scriptum, j'ai su que j'irai jusqu'au bout de mon projet, coûte que coûte.

   Voilà comment j'ai connu un tout petit bout de Niki de Saint Phalle. Voilà comment je comprends aujourd'hui ce sentiment de force intérieure que j'ai ressenti au Grand Palais. Cette force que nous avons du nous construire pour survivre à ça et que nous avons en quelque sorte partagée. Et c'est peu dire que cette rencontre-là m'a confortée dans ce que je suis profondément et dans ma volonté de poursuivre, à ma façon et sans contrefaçon, le chemin que j'ai entrepris, grâce et avec la psychanalyse.

   Et pour ceux qui souhaiteraient lire mon témoignage "D'un bord à l'autre", en attendant la parution de "Marguerite, la petite fille qui avait peur des mots" au deuxième semestre 2018, c'est par ici :

 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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C'était noir, père et passe

Publié le par Marie-Christine ADAM

D'un bord à l'autre   Chapitre XI   Extraits

D'un impossible à dire à un possible

Je parle, je m'entends et il m'entend.

Je parle et je rêve

Je rêve et je l'écris

J'écris et je parle

Je parle et je relie

Je relie et j'écris

J'écris et je relis

Je relis et je parle

Je parle et je rêve

Je rêve et je parle...

   Cette fois, je suis en capacité d'aller là où l'inconscient me mène, d'entendre, de lire, ce qui était jusque-là codé, intraduisible mais surtout impossible. Ce que je savais sans savoir que je le savais...

   Ce que je trouve, derrière la porte jusque-là bien verrouillée, me laisse abasourdie, sans voix. Inimaginable, impossible. Alors je laisse décanter, comme une eau sale. En déduire que je ne suis pas si "malade" que ça est une mince compensation au regard du trouble provoqué. Je me suis simplement construite sur "ça", sur ça aussi. Un trop plein de mère, un trop plein de père et, à l'arrivée, un grand vide. Un grand vide sans bord ou des bords plein de vide. Un corps qui s'évapore  et un corps qui déborde. L'un et l'autre ont fait effraction à leur manière. Deux ravages.

   Le burn-out a contribué à ma dépression mais cette dépression est en quelque sorte la solution que j'ai trouvée, de façon inconsciente, pour m'en sortir, renouer avec la psychanalyse, rester en vie, prendre soin de moi. Le burn-out et la dépression comme symptômes d'un impossible à dire mais aussi comme "garde-fou" pour ne pas se perdre davantage au risque de se perdre complètement.

   A l'image des failles provoquées par un séisme, le burn-out a agi comme une lame de fond qui a fait remonter à la surface des choses enfouies, oubliées. Je suis persuadée aujourd'hui que sans ce burn-out, sans cette profonde dépression et, bien évidemment sans la psychanalyse, je n'aurais jamais rouvert les cicatrices de l'enfance et donc jamais atteint le rivage paternel. Pas plus que je n'y serais parvenue si j'étais restée anesthésiée par des molécules chimiques.

   http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812

 

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On peut se séparer sans mourir

Publié le par Marie-Christine ADAM

"D'un bord à l'autre"    Chapitre X    Extraits     

   Je ne m'y attendais pas mais mon esprit s'affole un peu, quelques idées défilent, surdose de médicament, fenêtre, laisser tout tomber. La lame de fond revient dans le même mouvement qui me donne la nausée. Tout faire pour ne pas qu'elle revienne. Mais elle revient, non loin d'une fenêtre, dans mon appartement, je la sens, je me sens envahie par elle. Je regarde par la fenêtre ouverte. Voilà, j'y suis, je sais que c'est là, à ce moment-là, que le saut est possible. Se laisser tomber dans le vide pour faire cesser la douleur intérieure, sans penser aux autres. Je touche du doigt le moment où ça peut basculer. Celui par lequel ma mère a dû passer. Mais cela n'arrivera pas, le le sais. Je m'en suis juste approchée, plus près que d'habitude, tout près. Il me fallait peut-être ça pour être sûre que je ne sauterai pas. Une façon de tourner la page sans emprunter le même chemin. Ce que ma psy a interprété, il y a un moment déjà, me revient "On peut se séparer sans mourir". Voilà ce qui n'a pas été possible avec ma mère.

   Maintenant, je veux profiter des séances jusqu'au bout, je n'ai plus rien à perdre, je l'ai déjà perdue. La fin de ma thérapie fait écho à des passages du Petit Prince de Saint-Exupéry que je lis en entier pour la première fois. J'apprécie ses aspects symboliques et je fais un parallèle entre la séparation des deux protagonistes et la fin de ma thérapie. "Dessine-moi un mouton" demande le Petit Prince. Mais aucun des  trois moutons que lui dessine l'aviateur ne lui convient, l'un est malade, le second pas ressemblant et le troisième trop vieux. Alors, l'aviateur lui dessine une caisse en lui disant "Le mouton que tu veux est dedans". L'idée que ma psy m'ait dessiné une caisse me plaît bien. Un caisse pour y mettre mes rêves, pas ceux que l'on a dessinés pour moi. Une "qu'est-ce" où loger un désir, un désir tout neuf, le mien. Des rides et du désir, les rides sont là mais le désir aussi. J'aime cette anagramme. Ne pas céder sur son désir disait Jacques Lacan. Pour la première fois, j'achète une eau de toilette sans la sentir, simplement pour son nom "La vie est belle" !

   "C'était", c'est le dernier mot de notre dernière rencontre. Un mot sur lequel je bute, qu'elle reprend et qui devient le sien ou plutôt le nôtre. Un imparfait qui signifie déjà un temps passé. C'est ce même mot qui prendra tout son sens, un mois plus tard, dans un colloque de psychanalyse auquel  j'assiste. "Là où c'était, je dois advenir". Voilà qui traduit bien mon parcours et ouvre sur l'avenir.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812  

 

     

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Parce que chaos et K.O. ça fait deux !

Publié le par Marie-Christine ADAM

"Il faut avoir du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse". F. Nietzsche

Marie-Christine ADAM aux Editions L'Harmattan

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812

 

 

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Changement de cap

Publié le par Marie-Christine ADAM

 

"D'un bord à l'autre"  Chapitre VIII  Extrait

   Retrouver la confiance en moi, être à l'écoute de ce que je souhaite, reprendre le contrôle de ma vie et avoir des projets, voilà mes objectifs. Mais, avant cela, il me faut retrouver l'envie d'avoir envie.

   Je progresse et je dois maintenant essayer de sortir de mon inactivité, me confronter à nouveau au monde. Je suis consciente que cela ne viendra pas tout seul, sans effort, sans des objectifs à atteindre. J'ai besoin d'un cadre, d'un support auquel me tenir. L'idée d'un tableau d'activités me vient et j'en remplis les cases. Du lundi au dimanche, chaque demi-journée a son but, activité manuelle et créative, physique ou sociale. Je choisis celles qui me motivent (mosaïque, natation, écriture à la médiathèque). Pourtant, chacune nécessite un véritable effort car plus rien n'est naturel. Les séances chez ma psy intègrent le programme à raison de deux demi-journées, compte-tenu du temps de trajet.

   Respecter ce planning s'avère vite mission impossible. J'ai peut-être été trop ambitieuse. Pour ne pas me mettre totalement en échec, je l'adapte en réduisant chaque journée à une activité de trois heures. Si j'en fais plus, ce sera du bonus. Ma récente volonté d'écrire me permet de constater que je suis capable de me concentrer trois ou quatre heures. Progressivement, certaines journées se remplissent à mon rythme.

   Un exercice physique, même léger, me demande beaucoup d'efforts. La fatigue est toujours là et les problèmes d'équilibre également. A la piscine, je parviens à "lâcher" mon corps en nageant tout doucement, en ressentant chaque mouvement, pas crispée. J'aime me mettre sur le dos, les bras et les jambes en étoile, sans couler, avec le corps qui se soulève à la surface quand j'inspire à fond et qui disparaît sous l'eau à l'expiration. Fermer les yeux, sans penser ou en pensant que je suis bien. Je libère aussi mon cou jusque-là malmené et contracté à tenir ma tête hors de l'eau, à l'idée que je pourrais me noyer. J'évolue de mieux en mieux et je parviens à traverser la piscine où je n'ai pas pied, loin des bords auxquels me raccrocher... Le danger est passé !

   http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812  

 

 

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Ecrire

Publié le par Marie-Christine ADAM

"D'un bord à l'autre" aux Editions L'Harmattan par Marie-Christine ADAM

"D'un bord à l'autre" aux Editions L'Harmattan par Marie-Christine ADAM

    J'ai assisté, ce samedi, à un café psychanalyse organisé par l'Association de la Cause Freudienne Ile-de-France avec pour thème "Désirs d'écriture". D'où mon envie, ce matin, de relire ce sous-chapitre de mon livre "D"un bord à l'autre". Alors, je partage.

 « C'est bien d'écrire ». La formulation de ma psy lors de notre dernier rendez-vous est comme une autorisation, un feu vert pour aller jusqu'au bout. 

     Ecrire quand « ça » se déchaîne, m’accrocher aux mots pour échapper aux moments de  «folie ». Ecrire pour ne pas mourir chante Anne Sylvestre. Ecrire après un silence insupportable ou après une parole quand elle a ouvert une brèche. E-cri-re pour ne pas crier, comme une nécessité. 

     Au début de l’effondrement, entre les temps de séances, écrire est un geste fulgurant qui m’amène à saisir un crayon et du papier pour attraper l’insupportable, essayer de le contenir avant qu’il ne se propage et ne me détruise. Il faut que « ça » soit écrit, matérialisé et plus seulement dans ma tête, insaisissable. Poser les mots à l’extérieur de moi, les tracer là, sur la page, pour qu'ils quittent mon corps. Peut-être aussi comme la marque que tout cela existe bien. 

     Au fur et à mesure que je me relève, que je me bats moins avec mes idées de mort, je m’approprie le crayon et le fait d’écrire. Je prends le pouvoir, ce sont désormais mes mots, mes phrases et plus ceux de ma mère. Ses mots dont je me sens progressivement moins dépendante et qui tapissent déjà quelques pages où ils vont rester. 

     Dans une interview, Marguerite Duras disait "seule l'écriture est plus forte que la mère". C'est un peu ça mais je pense que l'écriture, à elle seule, n'aurait pas suffi. Ecrire a participé à ma thérapie mais sans ma thérapie il n'y aurait pas eu d'écriture possible. Je devrais dire aussi sans l'autorisation de ma psy à écrire et à lui écrire.

    L’écriture a contribué au jeu de patience, au puzzle de la reconstruction, des mots éparpillés, des phrases écrites ça et là, sur des bouts de papiers épars, à rapprocher, à imbriquer. Un écrit à construire, un corps à reconstruire. En même temps que je cherche à faire un tout avec mon
corps morcelé, écrire me permet de faire un tout avec les différentes parties de mon histoire, d'en déchiffrer le sens, pour pouvoir la poursuivre. 

     Ecrire aussi les rêves pour ne pas les perdre, les relire avant de les dire et les entendre pour m’entendre. Ecrire m’a aidé à parler, comme s’il fallait que les mots soient d’abord posés avant de pouvoir les dire, les maîtriser, éviter qu’ils ne me jouent de mauvais tours. Echapper au danger que représentaient la parole et les mots.  Mener à bien l'écriture de ce livre est aussi une façon de surmonter la fin du parcours avec ma psy. Le terminer, tout comme terminer ma thérapie me faisaient peur. Le peur du rien qui allait suivre. J'ai franchi cette étape. Je sais qu'il y aura un après et que cet après dépend essentiellement de ce que j’en ferai.

 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812

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Un séjour peu ordinaire

Publié le par Marie-Christine ADAM

"De gros rochers sont posés là. L'un d'eux laisse sortir de la pierre une jeune pousse qui réussit malgré tout à pousser là, tout un symbole"

"De gros rochers sont posés là. L'un d'eux laisse sortir de la pierre une jeune pousse qui réussit malgré tout à pousser là, tout un symbole"

"D'un bord à l'autre"  Chapitre VII   Extrait

   Depuis trois mois, mes rêves "en parlent". Je suis dans un hôpital, avec de longs couloirs, je suis perdue et j'ai perdu le numéro de ma chambre. Je cherche le bureau des entrées... Et mon appareil photo où est-il ? Dans la voiture ? Mais où se trouve t-elle ? Avec mon fils ? Mais je ne sais pas où il est. On me tend mon sac à main mais il n'y a rien dedans. Il est vide, tout comme moi...

  Le psychiatre est un homme mûr, un bel homme, grand, élégant, souriant, un peu courbé à partir du bassin. Il m'accueille les deux bras en avant dans un geste enveloppant, prononçant le nom de ma psy puis le mien, pratiquement à chaque rencontre. Notre premier entretien marque le ton de nos échanges. Je prends soin de lui expliquer que je n'ai pas l'intention de changer de psychiatre et qu'il est seulement un intermède ajoutant, pour ne pas le froisser, qu'un "interm'aide" c'est tout de même positif !

   "Comment allez-vous ?", "Est-ce que vous cogitez moins ?" sont les deux phrases avec lesquelles il m'accueille, tournant parfois l'index sur sa tempe pour appuyer la seconde question. La réponse qui me vient automatiquement c'est "Je vais". Sous entendu, je suis vivante et c'est déjà ça. Quand j'ajoute "si je ne cogitais pas c'est que je serais morte", sa réponse est directe "Arrêtez d'intellectualiser !". Alors je le questionne sur ce que sont des cogitations. C'est très simple, des idées qui vous envahissent et qui ne servent à rien. Si c'est ça, j'en ai plus d'une mais je n'ai pas l'impression que quand je pense cela ne sert à rien, bien au contraire. Voilà l'occasion de voir les choses sous un autre angle.

   "Etes-vous malheureuse ?". Quelle question, même profondément triste, "au fond du trou", je ne me suis jamais dit que j'étais malheureuse. Le suis-je ? C'est ce que le quotidien local avait écrit à propos de ma mère "la malheureuse est morte sur le coup". L'était-elle aussi ?

   "Vous êtes une rebelle" me lance t-il quand je lui explique que je suis plutôt "anti-médicaments" et il ne manque pas de me faire remarquer que j'en prenais déjà à mon arrivée. Verbaliser ma crainte que le traitement m'empêche de penser me vaut un retour cinglant "on vous permet de ne plus penser et cela ne vous suffit pas encore !".

   Alors, j'écoute ses consignes thérapeutiques et tente de les appliquer, "il faut maintenant se centrer sur le présent. Le passé, on n'y peut plus rien, l'avenir c'est quelque chose d'incertain et changeant pour tout le monde. Il faut vivre au présent et profiter du présent". Ce à quoi il ajoute, "Soyez patiente Madame Adam !". Bien sûr que je suis patiente. D'ailleurs, ici, je suis une patiente mais pour moi le passé n'est pas du passé vu qu'il est là, présent, et que le problème est bien là. Impossible de faire sans ce passé si je veux en sortir. Et, sans l'idée d'un futur, comment pourrais-je me projeter dans l'avenir ? Pour ce qui est de profiter des moments présents, je suis d'accord. Encore faut-il comprendre ce qui m'en empêche aujourd'hui.

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