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Droit d'inventaire ou petits bouts de réel

Publié le par Marie-Christine ADAM

 

Un trou, deux trous, trois trous, c’est une fille

Une chape, deux plombs, trois bouches cousues

Un rien, deux riens, moins que rien, je ne vaux rien

Un veau, deux riens, quel est ce vaurien ?

 

Dans le même sac, je suis

Une petite vérole, une punaise, une vermine

Une purge, une engeance, une saloperie

Un moindre mot, une saleté

 

Et une Marie-lève-ta-queue

 

Une secret-taire, un chauffeur de chaudière, une veilleuse de nuit

Trois fonctionnaires, un mois auguste, une immaculée conception

Un Pater, deux Mater et trois Ave

La mauvaise graine ça s’accroche

 

Une pomme d’Adam, une petite Eve, un fruit défendu

Un chaud lapin, deux vers solitaires, trois sauterelles

Un petit oiseau, à la volette, une volée de bois vert

Une madeleine de rouste, tu ne l’as pas volé

 

Et deux Marie-lève-ta-queue

 

Une grappe de raisin à poils, un long jet, des grumeaux

Un trop de peau, des coins et des recoins

Un gros grain, une saucée, je suis trempée

C’est pas la mère à boire

 

Un manteau rouge, deux lèvres cramoisies, huit ans

La bouche pleine, une bouche dégoût, un tout-à-l’égout

Tout a le goût, tout a l’odeur, qui ne dit mot qu’on sent

Haut-le-cœur, le tapioca n’a pas d’odeur

 

Et trois Marie-lève-ta-queue

 

 

Un camion de fonds blindé, des bijoux de famille

Trois malfaiteurs, deux mains en l’air, un chien de fusil

Un trou de balle, une arme à double tranchant

Menaces de mort et petite mort, viols par effraction

 

Une gauloise, deux gitanes, trois cigarillos

Un kil de rouge, deux demis, trois boulets de canon

Une pine sans art, deux culs de bouteille, deux yeux globuleux

Un regard démonté, une sortie d’orbite, un glauque homme

 

Et quatre Marie-lève-ta-queue

 

Une pucelle à Domrémy, les anglais qui débarquent, mauvais sang de bon soir

Des bricoles, un daddy bricoleur, une pisseuse dévisseuse

Des WC à la turque, un froid de canard, deux braséros

Jeanne revenons-en à nos moutons, un mouton à cinq pattes

 

Une fille de joie, une Marie-couche-toi-là, des traînées d’étoiles

Un bord d’aile, une maison de tolérance, trois tours de passe-passe

Un pied à prendre, au pied de la lettre, un aime avec trois jambes

Six pieds sous taire, arrête avec ça, je ne veux pas t’entendre

 

Et cinq Marie-lève-ta-queue

 

Un coucou suisse, une demoiselle sur une balançoire

Un sale quart d’heure, minute papillon

Douze coups de minuit, un coup dur

Tu ne vas pas nous en chier une pendule

 

Un saint Louis, deux boules de buis béni, trois pêchers

Une plante de pied, deux branches tordues 

Une tige verte, un vertige, quelle queue ! 

Tu ne te rendras compte de rien

 

Et six Marie-lève-ta-queue

 

Une pièce montée, un service trois pièces, un fait-tout

Un gant violet, trois savons, tu me bassines avec ça

Une pipette, deux tubes à essai, vingt centimètres

Une petite pipe, les dés sont pipés, ne piper mot

 

Une fois sur l’autre, un contorsionniste, une espadrille, un drôle de drille

L’un dans l’autre, un porc, une poupée désarticulée, une tête en porcelaine

Un pelotage de laine, deux mailles à l’endroit, trois mailles à l’envers

Un corps qui pend, la tête d’un côté, le corps de l’autre

 

Et sept Marie-lève-ta-queue

 

Un piano à touches, deux corps de chasse

Un violon sur le toi, une viole en contrebas

Une portée, deux silences pointés, trois bémols

Mi-mi-la-ré-do-si, raide morte, tu n’en mourras pas

 

Des terres minées, des silences explosifs, une bombe à retardement

Des mots croisés, deux boussoles détraquées, une bite pour amarrage

Un suicide à larmes blanches, une folle alliée, chute !

Comme si de rien était, un zeste de citron, inceste de folie.

 

Tu l’as échappé belle Marie !

Mais c’est aussi de là que tu écoutes

La psychanalyse est passée par là

Et repassée par là.

 

Près d’un jardin d’hiver

Comme ça

A fleur de sensations 

Le cul entre deux chaises

Entre désir et tentation

Les lèvres au bord des mots

Les mots n’ont plus le goût des choses

Et les rides sont riches

Couleurs d’une liberté réinventée.

 

© photos et texte Marie-Christine ADAM

27.04.2019

 

Trois ans plus tôt, paru chez l'Harmattan

 

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=50812&motExact=0&motcle=&mode=AND 

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